Hic Bibitur


Rabelais (1494-1553) était-il un quillou ? Le lecture de son œuvre la plus connue, « faits et dits du géant GARGANTUA » peut nous en donner, sinon la preuve absolue, au moins quelques indices. Dès le début du prologue, il dit à qui s’adressent ses écrits : « Buveurs très illustres et vous, vérolés très précieux, c'est à vous, à personne d'autre que sont dédiés mes écrits » . ...

Le quillou béarnais (n’ayant pas de miroir sous la main, je ne peux pas parler ici du quillou bigourdan, chacun le comprendra) se reconnaîtra au moins dans la moitié de cette description.Plus loin, il raconte la découverte du tombeau de Gargantua : « les piocheurs heurtèrent de leurs houes un grand tombeau de bronze, d'une longueur incommensurable, car ils n'en trouvèrent jamais le bout [...]. En l'ouvrant à un certain endroit, marqué d'un gobelet, autour duquel était écrit en lettres étrusques: HIC BIBITUR, ils trouvèrent neuf flacons, dans l'ordre qu'on dispose les quilles en Gascogne. » . (faut-il traduire « Hic Bibitur » ? « Ici on boit » !)A cet indice, le quillou béarnais têtu objectera que la Gascogne n’est pas le Béarn. Certes, mais vu d’un peu loin en 1530, ça y ressemble quand même beaucoup. Mais ensuite, il n’y a plus aucun doute : « Grandgousier était en son temps un fier luron, aimant boire sec aussi bien qu'homme qui fût alors au monde, et il mangeait volontiers salé. A cette fin, il avait d'ordinaire une bonne réserve de jambons […] de Bayonne, […], une provision de saucisses, non pas de Bologne, car il craignait les poisons d’Italie, mais de Bigorre[…]. A l'âge d'homme, il épousa Gargamelle, fille du roi des Parpaillons, un beau brin de fille de bonne trogne, et souvent, tous les deux, ils faisaient ensemble la bête à deux dos, se frottant joyeusement leur lard ».
La, le quillou béarnais têtu n’objectera plus rien, car il sait bien que la saucisse est de Bigorre comme le jambon est de Bayonne, et le lard (de la bête à deux dos) … ventrêche béarnaise ! Et ensuite, on trouve encore de claires allusions aux quilles : <« N'est-ce pas mourir en joyeux drille que de mourir la quille raide?»Et encore : « Il fut donc décidé qu'on les bâfrerait sans rien en perdre. A cette fin, ils convièrent tous les villageois […], tous bons buveurs, bons compagnons et fameux joueurs de quilles-là »En conclusion, s’il n’est pas prouvé que Rabelais faisait des rebattues à six quilles, il est certain que notre jeu était déjà, à l’époque, associé à l’amitié et à la bonne chère !

André Daude

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